{"id":6146,"date":"2019-10-23T16:58:45","date_gmt":"2019-10-23T20:58:45","guid":{"rendered":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/?page_id=6146"},"modified":"2019-12-13T11:53:06","modified_gmt":"2019-12-13T16:53:06","slug":"kanata-ou-du-dialogue-de-sourds","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/kanata-ou-du-dialogue-de-sourds\/","title":{"rendered":"Kanata ou du dialogue de sourds"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/cr\/49_1\/raq49_1_s113_s115_delanoe.pdf\"><strong>La chronique compl\u00e8te en format PDF<\/strong><\/a><\/p>\n<h3><strong>Opinion<\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong><em>Kanata<\/em><br \/>\n<\/strong>ou<br \/>\nDu dialogue de sourds comme un des beaux arts<\/h3>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><strong>Nelcya Delano\u00eb<\/strong><\/h5>\n<p>Les Canadiens n\u2019ont pas vu <em>Kanata<\/em>, ni \u00e0 Montr\u00e9al ni au Qu\u00e9bec ni au Canada, alors que la pi\u00e8ce \u00e9tait programm\u00e9e pour l\u2019automne 2018. Les Fran\u00e7ais ont pu la voir, eux, \u00e0 Paris, au Th\u00e9\u00e2tre du Soleil, en mani\u00e8re de cl\u00f4ture magistrale de l\u2019ann\u00e9e 2018 et d\u2019ouverture vers un 2019 de tous les d\u00e9bats. Certains habitants de la Belle Province se sentaient m\u00eame si concern\u00e9s qu\u2019ils ont fait le voyage pour assister \u00e0 ce spectacle, mont\u00e9 dans le cadre du Festival d\u2019automne, de ses subventions et de sa notori\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Entre-temps, <em>Kanata<\/em> \u00e9tait devenu \u00ab\u00a0<em>Kanata<\/em>, \u00c9pisode 1, <em>La controverse\u00a0<\/em>\u00bb, entre autres \u00e0 la suite d\u2019une p\u00e9tition r\u00e9dig\u00e9e par des repr\u00e9sentants d\u2019artistes autochtones du Qu\u00e9bec et par leurs \u00ab\u00a0alli\u00e9s cosignataires\u00a0\u00bb (Texte collectif 2018). Ces p\u00e9titionnaires d\u00e9ploraient que cette pi\u00e8ce, en r\u00e9p\u00e9tition et consacr\u00e9e aux peuples autochtones du Canada depuis la Conqu\u00eate europ\u00e9enne, soit mont\u00e9e sans qu\u2019y participe aucun acteur autochtone ni aucun cr\u00e9ateur des Premi\u00e8res Nations. \u00ab\u00a0Lettre ouverte aux artistes qui, eux, cr\u00e9eront <em>Kanata<\/em>\u2026\u00a0Notre invisibilit\u00e9 dans l&rsquo;espace public, sur la sc\u00e8ne ne nous aide pas. Et cette invisibilit\u00e9, Mme Mnouchkine et M. Lepage ne semblent pas en tenir compte, car aucun membre de nos nations ne ferait partie de la pi\u00e8ce.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019agissait l\u00e0 en somme d\u2019une critique en d\u00e9fense du droit \u00e0 l\u2019existence dans la sph\u00e8re publique et artistique de ceux et celles qui, depuis l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais au d\u00e9but du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ont \u00e9t\u00e9 tenus en lisi\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 dominante \u2013 et en mis\u00e8re.<\/p>\n<p>Robert Lepage, directeur de la compagnie Ex Machina, devait \u00eatre le metteur en sc\u00e8ne de cette pi\u00e8ce, dont le texte \u00e9voluait avec les r\u00e9p\u00e9titions, tandis que la pi\u00e8ce devait \u00eatre jou\u00e9e par les com\u00e9diens et les com\u00e9diennes de la compagnie du Th\u00e9\u00e2tre du Soleil, dont Ariane Mnouchkine est la directrice.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de cette p\u00e9tition, Robert Lepage et Ariane Mnouchkine s\u2019\u00e9taient entretenus avec une trentaine de repr\u00e9sentants autochtones, et les \u00e9changes avaient montr\u00e9 que les uns et les autres pouvaient s\u2019\u00e9couter attentivement et se comprendre. Mais rien de concret n\u2019\u00e9tant finalement sorti de cette rencontre, la pi\u00e8ce avait \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e, Ariane Mnouchkine et Robert Lepage d\u00e9non\u00e7ant une \u00ab\u00a0censure\u00a0\u00bb intol\u00e9rable. Des dizaines d\u2019articles ont alors repris cette information \u2013 p\u00e9tition, annulation, libert\u00e9 du cr\u00e9ateur versus droits des minorit\u00e9s \u2013 tant dans la presse qu\u00e9b\u00e9coise que dans la presse fran\u00e7aise et am\u00e9ricaine. Au cas o\u00f9 le lecteur aurait du mal \u00e0 suivre, ces articles \u00e9taient souvent accompagn\u00e9s d\u2019entretiens avec Ariane Mnouchkine et Robert Lepage, illustr\u00e9s de photos-portraits en majest\u00e9. Avec eux et eux seulement d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>En fait, pour \u00e9viter toute surinterpr\u00e9tation, il convient de pr\u00e9ciser la chronologie du d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e8nements. \u00c0 la suite de la pol\u00e9mique d\u00e9clench\u00e9e par la p\u00e9tition, les coproducteurs am\u00e9ricains dudit spectacle (impossible de trouver leur nom, malgr\u00e9 bien des recherches) s\u2019\u00e9taient retir\u00e9s, craignant sans doute de gros risques financiers dans le sillage de cette controverse. C\u2019est que d\u00e9j\u00e0, quelques semaines auparavant (juillet 2018), un spectacle musical mont\u00e9 par Lepage avait cr\u00e9\u00e9 un scandale et avait \u00e9t\u00e9 annul\u00e9 par les organisateurs du Festival international de jazz de Montr\u00e9al apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 seulement trois fois (et 8000 billets vendus). Ce spectacle musical, intitul\u00e9 <em>SLAV<\/em>, racontait l\u2019esclavage noir am\u00e9ricain, principalement mais pas seulement, l\u2019esclavage \u2013 expliqua Lepage \u2013 impliquant aussi des Slaves, d\u2019o\u00f9 le mot <em>slave<\/em> en anglais et d\u2019o\u00f9 le titre-jeu de mots. Scandale donc aussit\u00f4t\u00a0: le fait d\u2019avoir r\u00e9duit \u00e0 la portion congrue le nombre et la pr\u00e9sence des com\u00e9diens noirs (deux sur sept, et dirig\u00e9s par un metteur en sc\u00e8ne blanc, la star \u00e9tant blanche) fut per\u00e7u par beaucoup comme une \u00ab\u00a0r\u00e9appropriation de la culture noire et une d\u00e9marche raciste\u00a0\u00bb (Bilefsky 2018). \u00c0 quoi Lepage avait r\u00e9pliqu\u00e9 en fustigeant ce qu\u2019il appelait \u00ab\u00a0un affligeant discours d\u2019intol\u00e9rance\u00a0\u00bb, un spectacle \u00ab\u00a0musel\u00e9\u00a0\u00bb\u2026 et un \u00ab coup port\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 artistique\u00a0\u00bb (PC 2018). En d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e 2018, il faisait un mea culpa conventionnel, invoquant \u00ab\u00a0maladresse et manque de jugement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Revenons \u00e0 <em>Kanata<\/em>. On le comprend, la pi\u00e8ce a en fait \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e d\u2019abord pour cause de d\u00e9faillance de la production am\u00e9ricaine. Dans ce cas, parler de censure et uniquement de censure revenait \u00e0 d\u00e9placer le probl\u00e8me et \u00e0 \u00e9riger en victimes deux formidables puissances du monde du th\u00e9\u00e2tre international. Dans un texte intitul\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0Le Ressaisissement\u00a0\u00bb et rendu public le 5 septembre 2018 (H\u00e9liot 2018), Ariane Mnouchkine vante les droits et les devoirs des artistes dans la R\u00e9publique fran\u00e7aise, honor\u00e9e avec cette pi\u00e8ce, bient\u00f4t jou\u00e9e contre mauvais vents et fortes mar\u00e9es venus d\u2019ailleurs et gr\u00e2ce au Festival d\u2019automne, toujours producteur. D\u2019autant que la composition multi-ethnique de la troupe du Soleil mettait Mnouchkine et Lepage au-dessus de tout soup\u00e7on de racisme et \u00ab\u00a0d\u2019appropriation culturelle \u00bb. La libert\u00e9 de cr\u00e9er \u00e9tant ainsi d\u00e9fendue et adoss\u00e9e \u00e0 l\u2019universalisme, le spectacle aurait bel et bien lieu, \u00e0 Paris, dans le th\u00e9\u00e2tre d\u2019Ariane Mnouchkine situ\u00e9 \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre Cartoucherie de Vincennes.<\/p>\n<p>Robert Lepage et Ariane Mnouchkine s\u2019\u00e9taient au demeurant gard\u00e9s \u00e0 droite et gard\u00e9s \u00e0 gauche en remplissant, consciencieusement et d\u00e8s l\u2019origine du projet, leurs t\u00e2ches d\u2019apprentis\u00a0: ils avaient \u00e9t\u00e9 s\u2019entretenir non seulement avec les p\u00e9titionnaires de la controverse, mais aussi avec des Grands Chefs dans le Montana, avec de pauvres gens des rues d\u00e9glingu\u00e9es de Vancouver, avec les responsables d\u2019un centre culturel en Alberta; ils avaient aussi organis\u00e9 des ateliers, recueilli des t\u00e9moignages, \u00e9taient all\u00e9s \u00ab\u00a0dans la nature, parce que la terre, pour les Premi\u00e8res Nations, ce n\u2019est pas seulement celle qu\u2019on leur a vol\u00e9e, c\u2019est une continuit\u00e9 de leur \u00eatre\u00a0\u00bb (Salino 2018). Mission accomplie, en somme. Lepage et Mnouchkine s\u2019indignaient donc d\u2019autant plus l\u00e9gitimement de ce qu\u2019ils r\u00e9duisaient \u00e0 une triste affaire, finalement balay\u00e9e par l\u2019absolue libert\u00e9 de cr\u00e9ation d\u2019artistes prestigieux, au pass\u00e9 politiquement plus que correct et effectivement respectueux des droits de l\u2019homme et du citoyen.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, r\u00e9sum\u00e9 et donc simplifi\u00e9, le fond de cette querelle, elle-m\u00eame simplificatrice \u00e0 outrance.<\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la mi-d\u00e9cembre \u00e0 la Cartoucherie de Vincennes \u00ab\u00a0<em>Kanata<\/em>, \u00c9pisode 1, <em>La controverse\u00a0<\/em>\u00bb se pr\u00e9sente, comme aime le faire Lepage, en une s\u00e9rie de sayn\u00e8tes historico-t\u00e9l\u00e9drames. En ouverture, les conqu\u00e9rants abattent \u00e0 la scie \u00e9lectrique for\u00eats et totems grandioses du Nord-Ouest ha\u00efda. Femmes et enfants sont terroris\u00e9s, une fillette dispara\u00eet (elle sera adopt\u00e9e par une famille de Blancs). Ici on parle en mohawk, l\u00e0 on assiste \u00e0 une performance de Ta\u00ef Chi men\u00e9e par une quinzaine de Chinois. Ailleurs un jeune couple fran\u00e7ais d\u00e9barque \u00e0 Vancouver. Habiles comme le sont les habitu\u00e9s du t\u00e9l\u00e9phone intelligent, ils louent \u00e0 une Chinoise qui a pignon sur rue un loft id\u00e9al pour peindre (elle) et r\u00e9p\u00e9ter des sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre (lui). On passe ainsi de la petite histoire \u00e0 la grande et vice versa, au fil de changements de d\u00e9cors vivement men\u00e9s et de belle facture tandis que se noue un r\u00e9cit \u00e0 plusieurs \u00e9tages, celui d\u2019un monde o\u00f9 finalement toutes et tous sont des victimes\u00a0: les Autochtones sont les victimes des Europ\u00e9ens; les (prostitu\u00e9es) autochtones sont celles d\u2019un Blanc pervers; les travailleurs sociaux, des policiers; et m\u00eame les artistes, enfin, qui sont ici incarn\u00e9s par Miranda la Fran\u00e7aise (son compagnon, acteur rat\u00e9, quant \u00e0 lui dispara\u00eet assez vite). De fil en aiguille, l\u2019\u0153uvre de Miranda risque d\u2019\u00eatre interdite d\u2019exposition par l\u2019intransigeance d\u2019une Autochtone, dont la fille a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e et assassin\u00e9e par le pervers en question et dont la Fran\u00e7aise a fait le portrait, ainsi que celui des quarante-neuf autres victimes du m\u00eame pervers, sans demander aux familles ce qu\u2019elles en pensaient. Et encore moins leur autorisation.<\/p>\n<p>Si l\u2019artiste finit par triompher, ce n&rsquo;est pas sans lutte avec elle-m\u00eame et avec les autres. Au fil de ce combat, c\u2019est l\u2019universel de l\u2019art qui l\u2019emporte sur le communautarisme. \u00c0 bon entendeur, salut. Pourquoi pas\u00a0? Mais entre les uns, les unes, et les autres, c\u2019est l\u2019amertume qui domine tandis que le d\u00e9bat demeure tronqu\u00e9 et pauvre, comme la pi\u00e8ce, v\u00e9ritable docu-drame.<\/p>\n<p>En revanche, ce qui n\u2019appara\u00eet jamais, ni au cours du spectacle ni dans aucun entretien ni aucun article, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019une pi\u00e8ce qui a trait \u00e0 une longue, tr\u00e8s longue s\u00e9quence de l\u2019Histoire autochtone, europ\u00e9enne, qu\u00e9b\u00e9coise, canadienne, bref, une histoire mondiale ou quasi. Ensuite, qu\u2019il s\u2019agisse de jadis ou d\u2019aujourd\u2019hui, les Autochtones de cette Histoire ne furent pas et ne sont toujours pas de sempiternelles victimes ou de simples rat\u00e9s. Dans la pi\u00e8ce, un jeune homosexuel indien \u2013 peut-\u00eatre un berdache de jadis \u2013 se d\u00e9fonce au calumet dans un cano\u00eb accroch\u00e9 dans les arbres la quille en l\u2019air en compagnie de Miranda, pour la faire renoncer \u00e0 fumer de l\u2019herbe; des prostitu\u00e9es sont d\u00e9truites par la drogue et par un pervers, en somme par un Blanc non repr\u00e9sentatif puisque pathologique \u2013 clich\u00e9 habituel. Seule l\u2019artiste finit par transcender les toxicit\u00e9s sociales ou individuelles et par s\u2019en remettre.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, les Autochtones ne sont pas des d\u00e9chets de l\u2019Histoire. Ils ont \u00e9t\u00e9 et sont aussi des combattants, des d\u00e9fenseurs de leurs territoires, des cr\u00e9ateurs de soci\u00e9t\u00e9s productives de biens, de richesses, de vie et de vies, de spiritualit\u00e9, d\u2019art. Pas que des laiss\u00e9s-pour-compte.<\/p>\n<p>Cette longue Histoire de luttes n\u2019en pose pas moins, on le sait, la question du g\u00e9nocide<sup>1<\/sup> des peuples autochtones au \u00ab\u00a0Kanata\u00a0\u00bb et dans les Am\u00e9riques. Qu\u2019un homme de th\u00e9\u00e2tre de la trempe de Lepage d\u00e9sire monter une pi\u00e8ce qui en parle, de cette histoire, et qui mieux est avec la troupe du Soleil, rien de plus passionnant. Mais c\u2019est mettre la barre tr\u00e8s haut.<\/p>\n<p>Citoyen canadien et qu\u00e9b\u00e9cois, le metteur en sc\u00e8ne ne peut qu\u2019\u00eatre au courant de cette autre \u00ab\u00a0solitude\u00a0\u00bb du Canada, celle de peuples dont l\u2019histoire, extr\u00eamement douloureuse depuis quatre si\u00e8cles, fait toujours l\u2019objet de bien des d\u00e9n\u00e9gations, malgr\u00e9 les r\u00e9parations officielles. Aussi Robert Lepage a-t-il bien fait de prendre son b\u00e2ton de p\u00e8lerin pour aller, de l\u2019est \u00e0 l\u2019ouest de l\u2019Am\u00e9rique du Nord, \u00e9couter la parole des Premi\u00e8res Nations. Historiens, anthropologues et savants, allochtones et autochtones, y ont d\u2019ailleurs consacr\u00e9 des centaines d\u2019heures, de pages, d\u2019images depuis quelques si\u00e8cles et encore plus depuis les derni\u00e8res d\u00e9cennies. Survoler en deux mois une polyphonie s\u00e9lective n\u2019aura peut-\u00eatre pas suffi \u00e0 M. Lepage et \u00e0 Mme Mnouchkine pour comprendre et prendre la mesure de la douleur. Ne sont mentionn\u00e9s que le malentendu et l\u2019\u00e9chec, r\u00e9ciproques.<\/p>\n<p>La douleur, par pudeur et tradition, chez les Autochtones on ne la dit pas souvent \u00e0 haute voix. L\u2019h\u00e9catombe perp\u00e9tr\u00e9e en pays indien est depuis Lemkin connue sous le nom de \u00ab\u00a0g\u00e9nocide\u00a0\u00bb, terme le plus souvent ignor\u00e9 en langue euro-anglo-qu\u00e9b\u00e9coise. Restent des d\u00e9signations approximatives, simplistes, psychologiques ou politiques, qui vident la douleur de sa substance. Alors oui, bien s\u00fbr, on peut opposer sans fin, a fortiori au pays des droits de l\u2019homme, libert\u00e9 cr\u00e9atrice et vigilance \u00e9thique, voire, plus prosa\u00efquement, le besoin de travailler de ceux qu\u2019on n\u2019embauche gu\u00e8re et l\u2019accomplissement artistique des mieux nantis. Mais quand on veut faire \u0153uvre documentaire, ignorer le contexte du texte revient \u00e0 prolonger le processus de d\u00e9possession initiale \u2013 la terre, la culture, la vie. L\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Malaise dans la civilisation. Malaise dans la culture. Depuis Freud, sans fin.<\/p>\n<p>La pol\u00e9mique autour de <em>Kanata<\/em> aurait pu avoir le m\u00e9rite de soulever enfin, et face au public qui n\u2019y conna\u00eet pas grand-chose en g\u00e9n\u00e9ral, ces questions. Apr\u00e8s tout, en Europe et en France, la question du g\u00e9nocide \u2013 arm\u00e9nien, juif, rwandais, pour ne citer que ceux-l\u00e0 \u2013 est pr\u00e9sente dans toutes les m\u00e9moires et fait l\u2019objet de d\u00e9bats r\u00e9activ\u00e9s avec les temps qui changent.<\/p>\n<p>En revanche, le d\u00e9bat suscit\u00e9 par <em>Kanata<\/em> s\u2019est \u00e9loign\u00e9 de cette question cruciale, se contentant finalement de tourner en rond et dans l\u2019aigreur.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre une autre fois\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">[31 ao\u00fbt 2019]<\/p>\n<h4>Note<\/h4>\n<p>1. En 2015, apr\u00e8s six ans d\u2019enqu\u00eate, la Commission de v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation a qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0g\u00e9nocide culturel\u00a0\u00bb l\u2019\u00e9ducation des enfants autochtones, envoy\u00e9s de force dans des internats tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s de leur communaut\u00e9 et de leurs parents.<\/p>\n<h4><\/h4>\n<h4>Ouvrages cit\u00e9s<\/h4>\n<p>BILEFSKY, Dan, 2018\u00a0: \u00ab\u00a0Protests shutter a show that cast White singers as Black slaves \u00bb. <em>New York Times<\/em>, 4 juillet. &lt;<a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2018\/07\/04\/arts\/music\/protests-shutter-a-show-that-cast-white-singers-as-black-slaves.html\">https:\/\/www.nytimes.com\/2018\/07\/04\/arts\/music\/protests-shutter-a-show-that-cast-white-singers-as-black-slaves.html<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 16 septembre 2019).<\/p>\n<p>H\u00c9LIOT, Armelle, 2018\u00a0: \u00ab\u00a0Gr\u00e2ce \u00e0 Ariane Mnouchkine, le spectacle controvers\u00e9 <em>Kanata<\/em> aura bien lieu\u00a0\u00bb. <em>Le Figaro<\/em>, 5 septembre. &lt;<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/theatre\/2018\/09\/05\/03003-20180905ARTFIG00203-ariane-mnouchkine-et-robert-lepage-le-spectacle-controverse-kanata-aura-bien-lieu.php\">http:\/\/www.lefigaro.fr\/theatre\/2018\/09\/05\/03003-20180905ARTFIG00203-ariane-mnouchkine-et-robert-lepage-le-spectacle-controverse-kanata-aura-bien-lieu.php<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 16 septembre 2019).<\/p>\n<p>PC (La Presse canadienne), 2018\u00a0: \u00ab\u00a0SL\u0100V,\u00a0Robert Lepage d\u00e9nonce \u201cl&rsquo;affligeant discours d&rsquo;intol\u00e9rance\u201d\u00a0\u00bb. <em>La Presse, <\/em>6 juillet. &lt;<a href=\"https:\/\/www.lapresse.ca\/arts\/spectacles-et-theatre\/theatre\/201807\/06\/01-5188486-slv-robert-lepage-denonce-laffligeant-discours-dintolerance.php\">https:\/\/www.lapresse.ca\/arts\/spectacles-et-theatre\/theatre\/201807\/06\/01-5188486-slv-robert-lepage-denonce-laffligeant-discours-dintolerance.php<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 16 septembre 2019).<\/p>\n<p>SALINO, Brigitte, 2018\u00a0: \u00ab\u00a0Robert Lepage\u00a0: Artistes, qu\u2019avons-nous le droit de faire\u00a0?\u00a0\u00bb <em>Le Monde<\/em>, 18 d\u00e9cembre. &lt;<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/culture\/article\/2018\/12\/17\/robert-lepage-artistes-qu-avons-nous-le-droit-de-faire_5398671_3246.html\">https:\/\/www.lemonde.fr\/culture\/article\/2018\/12\/17\/robert-lepage-artistes-qu-avons-nous-le-droit-de-faire_5398671_3246.html<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 16 septembre 2019).<\/p>\n<p>[TEXTE COLLECTIF], 2018\u00a0: \u00ab\u00a0Encore une fois, l\u2019aventure se passera sans nous, les Autochtones\u00a0?\u00a0\u00bb <em>Le Devoir<\/em>, 14 juillet. &lt;<a href=\"https:\/\/www.ledevoir.com\/opinion\/libre-opinion\/532406\/encore-une-fois-l-aventure-se-passera-sans-nous-les-autochtones\">https:\/\/www.ledevoir.com\/opinion\/libre-opinion\/532406\/encore-une-fois-l-aventure-se-passera-sans-nous-les-autochtones<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 16 septembre 2019).<\/p>\n<h4><\/h4>\n<h4>Pour en savoir davantage<\/h4>\n<p class=\"TexteRAQ\">DARSIGNY-TR\u00c9PANIER, M., C. NEPTON HOTTE, L. J\u00c9R\u00d4ME et J.-P. UZEL, 2019\u00a0:<b> <\/b><i>L\u2019appropriation culturelle et les peuples autochtones : entre protection du patrimoine et libert\u00e9 de cr\u00e9ation<\/i>. Groupe de recherche interdisciplinaire sur les affirmations autochtones contemporaines (GRIAAC), UQAM, Montr\u00e9al. (<a href=\"http:\/\/virtuolien.uqam.ca\/tout\/ARCHIPEL12187\">http:\/\/virtuolien.uqam.ca\/tout\/ARCHIPEL12187<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 16 septembre 2019).<b><\/b><\/p>\n<p class=\"TexteRAQ\">LALONDE, Catherine, 2018\u00a0: \u00ab\u00a0Le probl\u00e8me avec Kanata\u2026\u00a0\u00bb.\u00a0<i>Le Devoir<\/i>, 24 d\u00e9cembre. &lt;<a href=\"https:\/\/www.ledevoir.com\/culture\/544265\/le-probleme-avec-kanata\">https:\/\/www.ledevoir.com\/culture\/544265\/le-probleme-avec-kanata<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 16 septembre 2019).<\/p>\n<p class=\"TexteRAQ\">\u2014, 2019\u00a0: \u00ab\u00a0\u201cLepage au Soleil\u201d\u00a0: \u201cKanata\u201d sans la pol\u00e9mique\u00a0\u00bb. <i>Le Devoir<\/i>, 20 avril. &lt;<a href=\"https:\/\/www.ledevoir.com\/culture\/cinema\/552616\/lepage-au-soleil-kanata-sans-la-polemique\">https:\/\/www.ledevoir.com\/culture\/cinema\/552616\/lepage-au-soleil-kanata-sans-la-polemique<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 16 septembre 2019).<\/p>\n<p class=\"TexteRAQ\">NEPTON HOTTE, Caroline, 2019\u00a0: \u00ab\u00a0Kanata\u2026 appropriation ou effacement ?\u00a0\u00bb <i>esse arts + opinions 97\u00a0<\/i>: 74-79. &lt;<a href=\"https:\/\/id.erudit.org\/iderudit\/91460ac\">https:\/\/id.erudit.org\/iderudit\/91460ac<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 16 septembre 2019).<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence \u00e9lectronique<\/strong><\/p>\n<p>Pour citer cette chronique : DELANO\u00cb, Nelcya, 2019 : \u00ab <em>Kanata\u00a0<\/em>ou du dialogue de sourds comme un des beaux arts\u00a0\u00bb. <em>Recherches am\u00e9rindiennes au Qu\u00e9bec<\/em> 49(1) : S113-S115.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La chronique compl\u00e8te en format PDF Opinion Kanata ou Du  [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_EventAllDay":false,"_EventTimezone":"","_EventStartDate":"","_EventEndDate":"","_EventStartDateUTC":"","_EventEndDateUTC":"","_EventShowMap":false,"_EventShowMapLink":false,"_EventURL":"","_EventCost":"","_EventCostDescription":"","_EventCurrencySymbol":"","_EventCurrencyCode":"","_EventCurrencyPosition":"","_EventDateTimeSeparator":"","_EventTimeRangeSeparator":"","_EventOrganizerID":[],"_EventVenueID":[],"_OrganizerEmail":"","_OrganizerPhone":"","_OrganizerWebsite":"","_VenueAddress":"","_VenueCity":"","_VenueCountry":"","_VenueProvince":"","_VenueState":"","_VenueZip":"","_VenuePhone":"","_VenueURL":"","_VenueStateProvince":"","_VenueLat":"","_VenueLng":"","_VenueShowMap":false,"_VenueShowMapLink":false,"footnotes":""},"class_list":["post-6146","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6146","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6146"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6146\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6255,"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6146\/revisions\/6255"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6146"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}