{"id":5606,"date":"2018-11-23T14:47:39","date_gmt":"2018-11-23T19:47:39","guid":{"rendered":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/?page_id=5606"},"modified":"2019-10-23T17:11:11","modified_gmt":"2019-10-23T21:11:11","slug":"trumpisme-far-west","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/trumpisme-far-west\/","title":{"rendered":"Trumpisme et Far West"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/cr\/48_1-2\/RAQ48_2-3_S261_S263_ndelanoe.pdf\">La chronique compl\u00e8te en format PDF<\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong>Et aux \u00c9tats-Unis\u2026<\/strong><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>Trumpisme et Far West <\/strong><\/h3>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>Une histoire renvers\u00e9e<\/strong><\/h4>\n<h5 style=\"text-align: center;\">Nelcya Delano\u00eb<\/h5>\n<p>Arriv\u00e9s presque \u00e0 mi-parcours du mandat du pr\u00e9sident Donald Trump, les \u00c9tats-Unis \u00e9valuent ce qu\u2019ils doivent \u00e0 ces mille jours d\u2019un grand d\u00e9sordre, comme un retour au \u00ab\u00a0capitalisme sauvage\u00a0\u00bb de la fin du XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle. Pour les Am\u00e9rindiens, le nadir de leur histoire. \u00c0 \u00e9tudier la situation qui leur est faite dans l\u2019Ouest am\u00e9ricain \u2013 espace de la condensation des clich\u00e9s tenaces v\u00e9hicul\u00e9s par le roman national et le western \u2013, les voici pris en tenailles. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les tout-puissants extracteurs d\u2019\u00e9nergie non renouvelable, en l\u2019occurrence l\u2019uranium et le charbon\u00a0; de l\u2019autre, des propri\u00e9taires terriens en armes pour la d\u00e9fense d\u2019un univers dont ils seraient les auteurs et les gardiens sacr\u00e9s. En somme, un condens\u00e9 du trumpisme.<\/p>\n<p>L\u2019exploitation des mines d\u2019uranium de l\u2019Ouest am\u00e9ricain remonte au Manhattan Project, consacr\u00e9 \u00e0 la production de l\u2019arme atomique et install\u00e9 \u00e0 Los Alamos (1942-1946), au nord-ouest de Santa Fe, sur une terre r\u00e9serv\u00e9e aux Indiens de San Ildefonso Pueblo. L\u2019uranium indispensable \u00e0 ce projet et \u00e0 ses essais provenait d\u2019abord du Congo belge et du Canada, mais aussi de quatre mines, dont trois situ\u00e9es non loin, en territoire navajo \u2013 Shiprock (NM), Monument Valley (Utah), Kayenta (Arizona) \u2013, et une quatri\u00e8me ouverte en 1943 \u00e0 Hanford, en terres yakimas, dans l\u2019\u00c9tat de Washington. Le 16 juillet 1945, avec l\u2019op\u00e9ration\u00ab\u00a0Trinity\u00a0\u00bb, le premier essai d\u2019une arme nucl\u00e9aire avait lieu au sud de Los Alamos, sur le site de Trinity, au bord de la r\u00e9serve des Apaches mescaleros.<\/p>\n<p>Mais, si l\u2019exploitation de l\u2019uranium sur le plateau du Colorado, en terres indiennes en particulier, avait connu un boom de 1949 \u00e0 1960, il avait \u00e9t\u00e9 suivi d\u2019un creux devenu une petite mort \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980. En janvier 2018, pourtant, le <em>New York Times<\/em>titrait \u00ab\u00a0La pression des compagnies mini\u00e8res de l\u2019uranium pour la r\u00e9ouverture des mines a abouti\u00a0\u00bb (Tabuchi 2018).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, le d\u00e9clenchement de la guerre froide avait multipli\u00e9 l\u2019ouverture de multiples mines d\u2019uranium am\u00e9ricaines. Dans la r\u00e9gion des Four Corners(Nouveau Mexique, Arizona, Colorado et Utah), entre 1949 et 1989, 4000 mines d\u2019uranium avaient produit 225\u00a0000\u00a0000 tonnes d\u2019uranium et affect\u00e9 de nombreuses populations am\u00e9rindiennes\u00a0: Lagunas, Navajos, Utes du Sud, Utes des montagnes, Hopis, Acomas et autres Pueblos, Shoshones de l\u2019Est, Arapahos du Nord \u2013 et jusqu\u2019aux Sioux du Dakota du Nord, Dakota du Sud, Wyoming et Montana, ainsi que les Spokanes de Washington.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude lanc\u00e9e d\u00e8s 1949 par le US Health Service montrait que les mineurs (dont 19\u00a0% de Navajos) \u00e9taient cinq fois plus souvent atteints du cancer du poumon que les non-mineurs, et m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 sept fois plus, selon le degr\u00e9 d\u2019exposition au radon (<em>Time Magazine<\/em>\u00a01960).<\/p>\n<p>Ces conclusions furent confirm\u00e9es par l\u2019<em>American Journal of Public Health\u00a0<\/em>qui avait \u00e9tudi\u00e9 des cohortes de mineurs navajos du plateau du Colorado pendant trente ans, soit de 1960 \u00e0 1990 (Brugge et Goble 2002). Les exploitants et la US Atomic Energy Commission s\u2019\u00e9taient alors bien gard\u00e9s d\u2019expliquer aux ouvriers les risques qu\u2019ils encouraient et s\u2019\u00e9taient dispens\u00e9s de tout r\u00e8glement qui aurait pu att\u00e9nuer les effets toxiques de ce travail \u2013 cancer, fausses-couches, naissances g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es. C\u2019est seulement en 1990<strong>,\u00a0<\/strong>apr\u00e8s des proc\u00e8s intent\u00e9s par des Navajos affect\u00e9s d\u2019une de ces pathologies, que la maladie li\u00e9e au radon a \u00e9t\u00e9 reconnue par le Radiation Exposure Compensation Act de 1990 (amend\u00e9 en 2000 puis en 2008), et les malades financi\u00e8rement d\u00e9dommag\u00e9s. Le Congr\u00e8s a finalement fait proc\u00e9der \u00e0 un nettoyage, \u00e9tal\u00e9 sur cinq ans mais pas encore termin\u00e9 \u00e0 ce jour, de la r\u00e9serve Navajo, contamin\u00e9e par l\u2019uranium\u00a0: fermeture de sources contamin\u00e9es, destruction de b\u00e2timents contamin\u00e9s, enl\u00e8vement de tonnes de terre contamin\u00e9e dans la r\u00e9gion de la Skyline Mine.<\/p>\n<p>Toutefois, une meilleure qualit\u00e9 de l\u2019uranium australien et canadien a petit \u00e0 petit provoqu\u00e9 la baisse des prix de l\u2019uranium am\u00e9ricain, allant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abandon des mines dans les ann\u00e9es 1980. En revanche, sur ces terres existaient aussi des mines de charbon dont l\u2019exploitation n\u2019a jamais cess\u00e9 et dont les baux l\u00e9onins sign\u00e9s avec les Navajos leur ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9s pendant des d\u00e9cennies, largement en dessous du prix du march\u00e9. Quant au p\u00e9trole bitumineux, de r\u00e9cente extraction, il offre des baux juteux pour les compagnies et de bon rapport pour les bailleurs.<\/p>\n<p>L\u2019exploitation des ressources toxiques et non renouvelables de l\u2019Ouest am\u00e9ricain dure donc depuis au moins soixante-dix ans et a fait des ravages connus et r\u00e9pertori\u00e9s, particuli\u00e8rement en terres indiennes \u2013 o\u00f9 les conseils tribaux sont, au demeurant, souvent divis\u00e9s \u00e0 propos de ce type de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019\u00e9lection de Trump, l\u2019exploitation de l\u2019uranium est repartie \u00e0 la hausse.<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9nergie (United States Department of Energy), cr\u00e9\u00e9 par Jimmy Carter en 1977, avait re\u00e7u pour mission de veiller \u00e0 l\u2019organisation et \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019exploitation \u00e9nerg\u00e9tique aux USA. Avec la fin de la guerre froide, il fut charg\u00e9 de prot\u00e9ger le territoire am\u00e9ricain de ses d\u00e9chets toxiques, en particulier les d\u00e9chets radioactifs, pr\u00e9vus pour \u00eatre enfouis entre autres dans Yucca Mountain du Nevada, terre des Shoshones de l\u2019Ouest. Mais des manifestations d\u2019opposition ralentirent si bien le projet qu\u2019il fut d\u00e9finitivement abandonn\u00e9 par le pr\u00e9sident Obama. Depuis, le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9nergie n\u2019a toujours pas trouv\u00e9 de solution de rechange, sauf \u00e0 l\u2019international, par exemple en Australie, (en fait rejet\u00e9 par l\u2019opinion publique australienne), et ces d\u00e9chets sont d\u00e9sormais conditionn\u00e9s et laiss\u00e9s sur place. Le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9nergie avait pour autre mission d\u2019assurer la d\u00e9fense de l\u2019environnement et des populations. Il semble en \u00eatre bien loin d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>D\u2019abord, parce que Rick Perry, ministre de l\u2019\u00c9nergie de Donald Trump et ancien gouverneur du Texas, souhaite supprimer l\u2019EPA (Energy Protection Agency), \u00e0 la t\u00eate de laquelle il a plac\u00e9 Scott Pruit, ennemi jur\u00e9 de cette agence<sup>1<\/sup>. Trump, Perry et Pruitt sont soutenus par le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Ryan Zinke, d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain du Montana et proche du pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Puis, parce que Trump a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019en prendre aux monuments nationaux riches en ressources \u00e9nerg\u00e9tiques non renouvelables. Depuis l\u2019American Antiquities Actde 1906 (d\u00e9fendu par Theodore Roosevelt), seul le pr\u00e9sident peut proclamer certaines terres \u00ab\u00a0monument national\u00a0\u00bb pour y garantir la protection de la nature, de la faune et de la flore, ainsi que du patrimoine culturel et spirituel des nations indiennes qui y vivent mais n\u2019en sont plus toujours ma\u00eetresses.<\/p>\n<p>Inversement, Donald Trump a d\u00e9cid\u00e9 de diminuer de 85\u00a0% la superficie prot\u00e9g\u00e9e de Bears Ears (plac\u00e9 sous protection f\u00e9d\u00e9rale par Obama en 2016) \u2013 et de 50\u00a0% celle de Grand Staircase-Escalante (plac\u00e9 sous protection f\u00e9d\u00e9rale par Clinton en 1996). Il s\u2019agit en somme du d\u00e9but de l\u2019ouverture \u00e0 l\u2019industrie mini\u00e8re de ces deux monuments nationaux, \u00e0 la demande, entre autres, des personnels politiques de l\u2019Utah qui esp\u00e9raient cette d\u00e9cision depuis des mois.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, en mars 2018, des permis d\u2019exploitation mini\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9s par centaines, dont un tiers par Energy Fuels, tandis que l\u2019Uranium Producers of America demandait \u00e0 l\u2019EPA de suspendre le moratoire sur l\u2019exploitation mini\u00e8re dans le Grand Canyon. Toujours en mars 2018, la puissante National Mining Association(NMA) et la non moins puissante American Exploration and Mining Association (AEMA) ont demand\u00e9 \u00e0 la Cour supr\u00eame de revenir sur l\u2019interdiction \u2013 datant de 2012 et promulgu\u00e9e pour une dur\u00e9e de vingt ans \u2013 d\u2019ouvrir des mines d\u2019uranium sur des terres publiques autour du Parc national du Grand Canyon (environ 4\u00a0000\u00a0km<sup>2<\/sup>\u2013 noter qu\u2019un parc national est cr\u00e9\u00e9 par une loi du Congr\u00e8s). En d\u00e9cembre 2017, la 9<sup>e<\/sup>Cour d\u2019appel avait confirm\u00e9 cette interdiction \u00e9mise alors par le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur Ken Salazar, \u00e0 la grande satisfaction des nations d\u2019Arizona du Nord et des groupes de d\u00e9fense de l\u2019environnement. Ken Salazar avait \u00e9galement interdit toute extraction sur les terres publiques que les Havasupais utilisent pour leurs besoins en eau. La NMA argue du fait que Salazar n\u2019avait pas l\u2019autorit\u00e9 constitutionnelle pour prendre cette d\u00e9cision et que l\u2019exploitation de l\u2019uranium ne cr\u00e9e pas de dommages. En revanche la m\u00eame 9<sup>e<\/sup>\u00a0Cour a d\u00e9bout\u00e9 les Havasupais qui avaient fait appel de l\u2019ouverture de la mine dite Canyon Mine, propri\u00e9t\u00e9 d\u2019Energy Fuels Resources, ouverte dans le territoire dit National Forest, \u00e0 huit kilom\u00e8tres au sud du Grand Canyon, et qui n\u2019\u00e9tait pas couverte par l\u2019interdiction de Salazar. Le US Geological Surveya fait savoir de son c\u00f4t\u00e9 que ses experts ne seraient pas \u00e0 m\u00eame de mener \u00e0 bien des recherches, pourtant vitales, sur les effets de ces mines si le budget de 2019, qui r\u00e9duit les cr\u00e9dits affect\u00e9s \u00e0 ce projet, est adopt\u00e9.<\/p>\n<p>Ajoutons qu\u2019une d\u00e9cision prise par Obama en 2010 avait permis \u00e0 ROSATOM, l\u2019agence nucl\u00e9aire russe, d\u2019acheter Uranium One, filiale de ROSATOM, bas\u00e9 au Canada et disposant de filiales aux USA \u2013 et l\u2019un des plus grands producteurs d\u2019uranium au monde. \u00c0 l\u2019\u00e9poque de cette transaction, Hillary Clinton \u00e9tait ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, et des groupes associ\u00e9s \u00e0 Uranium One avaient donn\u00e9 un million de dollars \u00e0 la Clinton Foundation, organisation caritative. Les liens entre Uranium One et la Fondation Clinton ont \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9vidence entre autres dans un livre de Peter Schweizer (2015). On imagine bien que ce jeu de \u00ab\u00a0tel est pris qui croyait prendre\u00a0\u00bb (\u00e0 savoir qui est achet\u00e9 par les Russes\u00a0: Hillary ou Donald\u00a0?) renforce d\u2019autant l\u2019assaut pour la privatisation de terres prot\u00e9g\u00e9es par le droit f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p>Sont parties prenantes le US Forest Service, The Arizona Chamber of Commerce, le s\u00e9nateur r\u00e9publicain du Wyoming John Barrasso. Notons qu\u2019entre 1995 et 2018 ce dernier a re\u00e7u 3\u00a0500\u00a0000\u00a0$ de divers PACs (Political Action Committees) regroupant des laboratoires pharmaceutiques, des repr\u00e9sentants de l\u2019agriculture industrielle et de l\u2019\u00e9nergie mini\u00e8re.<\/p>\n<p>Les proc\u00e9dures devant les tribunaux, lanc\u00e9es par les Am\u00e9rindiens et les d\u00e9fenseurs de l\u2019environnement, seront longues et acharn\u00e9es. L\u2019administration Trump a en effet d\u00e9cid\u00e9 de relancer son armement nucl\u00e9aire, en favorisant la production nouvelle d\u2019un armement de \u00ab\u00a0petite taille\u00a0\u00bb qui devrait permettre de faire la guerre de fa\u00e7on plus radicale et efficace dans des conflits bien localis\u00e9s.<\/p>\n<p>Les toutes puissantes compagnies d\u2019extraction de ressources mini\u00e8res non renouvelables sont donc de nouveau tr\u00e8s pr\u00e9sentes en terre indienne, avec les effets contradictoires et paradoxaux que l\u2019on sait sur les Am\u00e9rindiens qui y vivent, qu\u2019ils s\u2019y opposent ou pas, ainsi que sur les non-Indiens des r\u00e9gions d\u2019alentour, par\u00a0exemple en Oregon du Sud, lieu de tr\u00e8s importants \u00e9levages de bovins jusqu\u2019au d\u00e9but du XX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle.<\/p>\n<p>En 2016, le refuge national de Malheur avait \u00e9t\u00e9 occup\u00e9 par des cowboys. Au d\u00e9but, il s\u2019\u00e9tait agi d\u2019une manifestation dans la petite ville de Burns pour protester contre la condamnation \u00e0 la prison de deux ranchers (les fr\u00e8res Dwight et Stephen Hammond) pour incendie volontaire de terres f\u00e9d\u00e9rales. Ayant trouv\u00e9 la condamnation injuste, un d\u00e9nomm\u00e9 Amon Bundy et son fr\u00e8re, rancher du Nevada, lan\u00e7ait cette fois une marche bruyante et v\u00e9h\u00e9mente de 300 personnes \u00e0 Burns tandis qu\u2019un autre groupe occupait le refuge de Malheur. En 2014, les fr\u00e8res Bundy avaient fait de la prison pour r\u00e9sistance au Bureau of Land Management (BLM) et pour \u00ab\u00a0conspiration f\u00e9d\u00e9rale\u00a0\u00bb. Tous ces hommes, bien arm\u00e9s, occup\u00e8rent le refuge pendant quarante et un jours, d\u00e9non\u00e7ant l\u2019appropriation des terres publiques par le F\u00e9d\u00e9ral, leur drapeau portant les mots \u00ab\u00a0<em>Don\u2019t tread on me <\/em>(Ne me marchez pas sur les pieds)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Leur leader, LaVoy Finicum, auteur d\u2019un roman sur la fin du monde, avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 de trois balles lors d\u2019un contr\u00f4le routier des agents du FBI. En f\u00e9vrier 2017, un meeting en hommage \u00e0 LaVoy r\u00e9unissant 650 personnes eut lieu dans la petite ville de John Day et retransmis par <em>Facebook Live\u00a0<\/em>\u00e0 des dizaines de milliers d\u2019abonn\u00e9s, des \u00ab\u00a0patriotes\u00a0\u00bb convaincus d\u2019\u00eatre en train de perdre leur pouvoir et leurs droits d\u2019\u00e9leveurs, de cultivateurs, de chasseurs, mais aussi de citoyens du m\u00eame \u00c9tat. \u00c9lecteurs de Trump, ils militent pour le \u00ab\u00a0retour\u00a0\u00bb des terres f\u00e9d\u00e9rales au pouvoir local. Leurs ennemis\u00a0: les Am\u00e9rindiens, les environnementalistes responsables du d\u00e9clin de la culture rurale, les d\u00e9fenseurs des droits des animaux \u2013 l\u2019Endangered Species Act de 1973 \u00e9tant per\u00e7u comme l\u2019un des rouages de la conspiration du Gouvernement pour les expulser et faire main-basse sur leurs terres (Percy 2018). Le support populaire de ces revendications et d\u00e9nonciations est un magazine du nom de <em>RANGE<\/em>. Publi\u00e9 tous les quatre mois, on le trouve partout en Oregon, et il \u00e9value son lectorat \u00e0 170\u00a0000 personnes \u2013 dont la moiti\u00e9 sont des fermiers et des ranchers de l\u2019Ouest rural dont il d\u00e9fend la cause\u00a0: celle de la \u00ab\u00a0vie sauvage\u00a0\u00bb et des terres \u00ab\u00a0libres\u00a0\u00bb. Couvrant les luttes des Autochtones et des environnementalistes contre la construction du pipeline dit DAPL (Dakota Access Pipeline), Dave Skinner a r\u00e9dig\u00e9 un article au printemps 2018 qui s\u2019intitule \u00ab\u00a0Waiting For Next Time\u00a0\u00bb, avec pour sous-titre \u00ab\u00a0Resisting \u201cThe Resistance\u201d In North Dakota\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit d\u2019un long texte bien document\u00e9, chiffr\u00e9, illustr\u00e9 et compl\u00e9t\u00e9 de tableaux r\u00e9capitulatifs, donnant la parole \u00e0 des ranchers, des exploitants agricoles et des propri\u00e9taires terriens confront\u00e9s aux militants oppos\u00e9s au pipeline en question. Ils y traitent les protestataires de \u00ab\u00a0<em>garbage<\/em>, d\u2019ordures\u00a0\u00bb \u2013 contre lesquels ils r\u00e9sistent comme on r\u00e9siste aux envahisseurs.<\/p>\n<p>Comme l\u2019explique Nancy Langston, historienne de l\u2019environnement, avec chaque nouvelle vague d\u2019immigrants commence l\u2019Histoire et leur histoire (voir Langston 2015). Pour ces nouveaux-venus aux \u00c9tats-Unis et dans cette partie de l\u2019Oregon (1872), pas d\u2019Indiens paiutes, par exemple, ni de gouvernement f\u00e9d\u00e9ral l\u00e9gitime. Ils sont les Premiers Am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Or, en 1976, le Federal Land Policy &amp; Mangement Act (FLPM) a chang\u00e9 la politique du Bureau of Land Management (BLM), invit\u00e9 \u00e0 passer de l\u2019extraction \u00e0 la conservation. Cette loi avait alors d\u00e9clench\u00e9 une vague de manifestations violentes, dite \u00ab\u00a0R\u00e9bellion de l\u2019armoise\u00a0\u00bb (<em>Sagebrush Rebellion<\/em>), qualifi\u00e9e par certains d<em>\u2019<\/em>\u00ab\u00a0insurrection de la V\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, mouvement actif par intermittences pendant toutes les ann\u00e9es 1970-1980. En \u00e9taient les activistes acharn\u00e9s ces rangers, b\u00fbcherons, \u00e9leveurs et mineurs oppos\u00e9s aux lois en g\u00e9n\u00e9ral et en particulier aux lois f\u00e9d\u00e9rales \u2013 le Wilderness Act de 1964 (d\u00e9j\u00e0), l\u2019Endangered Species Act de 1973 et, bien s\u00fbr, le FLPM<sup>2<\/sup>. Et aussi, \u00e9videmment, aux droits des Am\u00e9rindiens.<\/p>\n<p>De fait, restrictions et nouveaux r\u00e8glements co\u00fbtent cher et d\u00e9poss\u00e8dent en partie ces exploitants ruraux de leur libre gestion de la nature. Le F\u00e9d\u00e9ral peut par exemple les obliger \u00e0 diminuer le nombre de b\u00eates qui p\u00e2turent pour prot\u00e9ger telle autre esp\u00e8ce de rivi\u00e8re menac\u00e9e par les b\u00eates qui s\u2019y abreuvent (d\u00e9cision du US Forest Service, qui fixe aussi les quotas d\u2019abattage des arbres). De l\u00e0 \u00e0 en conclure que le F\u00e9d\u00e9ral veut les \u00e9liminer compl\u00e8tement, il n\u2019y a qu\u2019un pas \u2013<em>American <\/em><em>parano\u00efa\u00a0<\/em>(Hofstadter 2018 [1964]) et th\u00e9orie du complot. Ces hommes et ces femmes sont tous arm\u00e9s, \u00e9quip\u00e9s et d\u00e9termin\u00e9s. Et d\u00e9fendent une libert\u00e9 historiquement n\u00e9e avec eux, estiment-ils.<\/p>\n<p>Donald Trump est devenu leur sauveur car, avec lui, c\u2019est l\u2019ouverture des mines de charbon, d\u2019uranium, de p\u00e9trole bitumineux \u2013 et avec elles, pensent-ils, la fin des lois de protection de l\u2019environnement, de la faune, de la flore et des Autochtones, le d\u00e9but du transfert des titres des terres du f\u00e9d\u00e9ral vers le local. Enfin le particulier.<\/p>\n<p>La Sainte Alliance de Wall Street et des puissantes industries extractives toxiques (nucl\u00e9aire en t\u00eate) avec des ranchers et des paysans dont les b\u00eates et les terres vont en p\u00e9rir, dit tout de cette folle histoire invers\u00e9e. Confirm\u00e9e par les \u00e9lections nationales et locales de novembre 2018\u00a0?<\/p>\n<p>[ao\u00fbt 2018]<\/p>\n<h4>Notes<\/h4>\n<ol>\n<li>Scott Pruitt a d\u00fb d\u00e9missionner en mai 2018, \u00e0 la suite d\u2019un scandale financier. Il a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par Andrew Wheeler, tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 l\u2019industrie chimique et celle du charbon, pour lesquelles il fait du lobbying, et tout aussi hostile \u00e0 l\u2019EPA.<\/li>\n<li>En Oregon, 53\u00a0% des terres rel\u00e8vent du F\u00e9d\u00e9ral, et en Utah c\u2019est 63\u00a0%.<\/li>\n<\/ol>\n<h4>Ouvrages cit\u00e9s<\/h4>\n<p>BRUGGE, Doug, et Rob GOBLE, 2002\u00a0: \u00ab\u00a0The History of Uranium Mining and the Navajo People\u00a0\u00bb.<em>American Journal of Public Health<\/em>92(9)\u00a0: 1410-1419. &lt;<a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/11190323_The_History_of_Uranium_Mining_and_the_Navajo_People\">https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/11190323_The_History_of_Uranium_Mining_and_the_Navajo_People<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 11 sept. 2018).<\/p>\n<p>HOFSTADTER, Richard, 2018 [1964]\u00a0: \u00ab The Paranoid Style in American Politics\u00a0\u00bb. <em>Harper&rsquo;s Magazine<\/em>, September 7. \u00ab\u00a0The Paranoid style in American Politics\u00a0\u00bb, Vintage Books, New York.<\/p>\n<p>LANGSTON, Nancy, 2015\u00a0: <em>Where Land and Water Meet: A Western Landscape Transformed<\/em>. University of Washington Press, Seattle.<\/p>\n<p>PERCY, Jennifer, 2018\u00a0: \u00ab\u00a0They want to destroy us\u00a0\u00bb. <em>New York Times Magazine<\/em>\u00a0: MM42. January 21.<\/p>\n<p>SCHWEIZER, Peter, 2015\u00a0: <em>Clinton Cash: The Untold Story of How and Why Foreign Governments and Businesses Helped Make Hillary and Bill Rich<\/em>. Harper Collins, Broadside Books.<\/p>\n<p>SKINNER, Dave, 2018\u00a0: \u00ab\u00a0Waiting For Next Time: Resisting \u201cThe Resistance\u201d In North Dakota\u00a0\u00bb.<em>Fairfield Sun Times<\/em>, 22 mars. &lt;<a href=\"http:\/\/fairfieldsuntimes.com\/waiting-for-next-time-resisting-the-resistance-in-north-dakota-p652-117.htm\">http:\/\/fairfieldsuntimes.com\/waiting-for-next-time-resisting-the-resistance-in-north-dakota-p652-117.htm<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 12 sept. 2018).<\/p>\n<p>TABUCHI, Hiroko, 2018\u00a0: \u00ab\u00a0Uranium Miners pushed hard for a come back<strong>. <\/strong>They got their wish\u00a0\u00bb. <em>New York Times<\/em>, 13 janvier. &lt;https:\/\/www.nytimes.com\/2018\/01\/13\/climate\/trump-uranium-bears-ears.html&gt; (consult\u00e9 le 11 sept. 2018).<\/p>\n<p><em>TIME MAGAZINE<\/em>, 1960\u00a0: \u00ab\u00a0Medecine, Uranium Miner\u2019s Cancer\u00a0\u00bb. <em>Time Magazine\u00a0<\/em>LXXVI(27), 26 d\u00e9c.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence \u00e9lectronique<\/strong><br \/>\nPour citer cette chronique : DELANO\u00cb, Nelcya, 2018 : \u00ab\u00a0Trumpisme et Far West : une histoire renvers\u00e9e \u00bb. <em>Recherches am\u00e9rindiennes au Qu\u00e9bec<\/em> 48(1-2) : S-261-S263. &lt;<a href=\"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/cr\/48_1-2\/RAQ48_2-3_S261_S263_ndelanoe.pdf\">https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/cr\/48_1-2\/RAQ48_2-3_S261_S263_ndelanoe.pdf<\/a>&gt;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La chronique compl\u00e8te en format PDF Et aux \u00c9tats-Unis\u2026 Trumpisme  [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_EventAllDay":false,"_EventTimezone":"","_EventStartDate":"","_EventEndDate":"","_EventStartDateUTC":"","_EventEndDateUTC":"","_EventShowMap":false,"_EventShowMapLink":false,"_EventURL":"","_EventCost":"","_EventCostDescription":"","_EventCurrencySymbol":"","_EventCurrencyCode":"","_EventCurrencyPosition":"","_EventDateTimeSeparator":"","_EventTimeRangeSeparator":"","_EventOrganizerID":[],"_EventVenueID":[],"_OrganizerEmail":"","_OrganizerPhone":"","_OrganizerWebsite":"","_VenueAddress":"","_VenueCity":"","_VenueCountry":"","_VenueProvince":"","_VenueState":"","_VenueZip":"","_VenuePhone":"","_VenueURL":"","_VenueStateProvince":"","_VenueLat":"","_VenueLng":"","_VenueShowMap":false,"_VenueShowMapLink":false,"footnotes":""},"class_list":["post-5606","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5606","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5606"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5606\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6158,"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5606\/revisions\/6158"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/recherches-autochtones.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5606"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}